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Le blog Décryptage

Décryptage

La pérennité des outils sur lesquels on construit un site

Quand on choisit l'outil d'un site, on se demande s'il est bon, s'il est rapide, s'il fera le travail. Il y a une question qu'on ne pose presque jamais, et c'est pourtant la seule dont la réponse arrive toujours : que devient ce site le jour où l'outil s'arrête ?


Un rideau métallique de boutique baissé dans une rue sombre, éclairé en terre cuite

Le 26 mars 2018, Adobe a tué deux produits le même jour

Adobe Muse servait à dessiner des sites sans écrire de code. Adobe Business Catalyst les hébergeait, avec sa boutique, ses formulaires, ses comptes clients et son administration. Beaucoup d'agences utilisaient les deux ensemble : l'un pour construire, l'autre pour faire tourner.

Le même jour, Adobe a annoncé la fin des deux.

Pour une agence, ça ne veut pas dire « changer d'outil ». Ça veut dire : ouvrir la liste de ses clients, compter combien de sites vivent là-dessus, et se rendre compte qu'il va falloir tous les refaire. Pas les migrer, les refaire, parce qu'un site Business Catalyst n'existe nulle part ailleurs que sur Business Catalyst.

Et personne n'avait rien fait de mal. Ni l'agence qui avait choisi un produit Adobe, ce qui était un choix raisonnable. Ni le client, qui avait payé un site qui fonctionnait très bien la veille.

Sources : les annonces successives d'Adobe sur la fin de Business Catalyst et l'annonce de l'arrêt d'Adobe Muse.

Un éditeur de logiciel peut décider d'arrêter un produit. Quand ce produit hébergeait aussi votre site, l'arrêt ne vous laisse pas le temps de réfléchir : il vous laisse une date.

La partie que personne ne raconte : les données avaient une date de péremption

Adobe a bien fait les choses, au sens où l'entreprise a prévenu longtemps à l'avance et repoussé l'échéance deux fois. L'arrêt du développement date de mars 2018, la mise hors ligne a fini par tomber en septembre 2021.

Mais il y a une troisième date, moins commentée et plus dure : les données des clients étaient conservées jusqu'en mars 2020, et supprimées après. Passé ce jour, ce qui n'avait pas été récupéré n'existait plus.

Trois ans, c'est confortable pour une agence organisée. C'est très court pour celle qui avait quarante sites clients, une personne et demie, et un carnet de commandes à honorer pendant ce temps-là.

Source : les annonces successives d'Adobe sur la fin de Business Catalyst.

Quand un service ferme, vos fichiers ne restent pas indéfiniment sur ses serveurs. Il y a une date après laquelle ils sont effacés, et c'est rarement celle de la fermeture.

Un outil ne vous prévient pas qu'il va mourir. Il annonce une date, et cette date est la vôtre autant que la sienne.

Une baie de serveurs abandonnée, câbles réseau débranchés pendants, éclairée en terre cuite

Magento 1 : personne ne l'a éteint, il a juste cessé d'être entretenu

C'est une autre façon de mourir, et elle est plus sournoise. En juin 2020, Magento a cessé de publier des mises à jour et des correctifs de sécurité pour Magento 1.

Le logiciel n'a pas disparu. Il tournait toujours le lendemain, exactement comme la veille. Des milliers de boutiques ont continué de vendre pendant des mois, parce que rien ne s'était visiblement passé.

Sauf qu'à partir de ce jour, chaque faille découverte restait ouverte pour toujours. Le site fonctionnait, et il devenait un risque. Continuer, c'était faire porter à son client une responsabilité qu'il ne pouvait pas mesurer.

C'est le pire des scénarios pour un prestataire, parce qu'il n'y a pas de date qui force la main. Il faut expliquer à quelqu'un qu'il doit payer une refonte pour un site qui marche.

Source : les dates de fin de support de Magento.

Un logiciel qui n'est plus mis à jour continue de fonctionner. Ce qui s'arrête, ce sont les correctifs de sécurité : les failles découvertes après cette date ne seront jamais bouchées.

Joomla : la mort lente, celle que personne ne décide

Aucune entreprise n'a arrêté Joomla. Il existe toujours, il sort toujours des versions, et des sites tournent dessus aujourd'hui.

Ce qui lui est arrivé est différent et plus difficile à voir venir : les développeurs sont partis. Moins de gens l'apprennent, moins d'extensions sortent, moins d'agences en proposent, donc moins de clients en demandent, donc encore moins de développeurs l'apprennent.

Le jour où ça devient un problème, ce n'est pas le jour où l'outil s'arrête. C'est le jour où votre client vous appelle, où vous n'êtes plus là, et où il ne trouve personne pour reprendre. Un outil peut être parfaitement vivant et vous laisser quand même tout seul.

Et Drupal, qu'on enterre depuis dix ans et qui va très bien

Il faut être juste, parce que la version paresseuse de cette histoire consiste à mettre tout le monde dans le même sac.

Drupal n'a pas été abandonné. Il fait tourner des ministères, des universités, des groupes entiers, et il n'a jamais été aussi solide sur ce terrain-là. Ce qui a changé, c'est son public : il est devenu un outil de spécialiste, avec le coût et les compétences qui vont avec, et il a laissé le marché du petit site à d'autres.

Pour l'artisan qui veut un site vitrine, Drupal a effectivement disparu du paysage. Pour une direction informatique qui gère deux cents sites, il n'a jamais été un meilleur choix. Ce n'est pas la même chose que mourir, c'est changer de client.

Un trousseau de clés laissé sur un comptoir de bois nu dans une pièce vide, en lumière terre cuite

Ceux qu'on enterre trop vite

Autre correction, et elle nous concerne directement, parce que nous avons failli l'écrire de travers.

Jimdo revient souvent dans les conversations comme un exemple de plateforme disparue. C'est faux. Vérifié au moment d'écrire ces lignes : l'entreprise est rentable, détenue par ses fondateurs, emploie plus de deux cent cinquante personnes, réalise plusieurs dizaines de millions d'euros de chiffre d'affaires et développe toujours son produit.

Ce qui a disparu, c'est sa place dans nos conversations, et le mécanisme mérite d'être regardé de près parce qu'il ne ressemble à aucun des trois précédents. Jimdo n'a pas rétréci : il est resté là où il était fort, l'Allemagne d'abord, la Suisse et la France ensuite. Ce sont les autres qui sont devenus mondiaux pendant ce temps. Vu de Paris, un outil dont l'essentiel des clients est germanophone finit par ressembler à un outil qui n'existe plus.

Et sa force est devenue sa limite. Jimdo a choisi la simplicité extrême, un site en dix minutes pour l'artisan et l'indépendant, et a refusé la course aux fonctionnalités. Ça marche remarquablement bien pour ce public. Ça veut dire aussi qu'une entreprise qui grandit finit par partir, et qu'on ne parle jamais de l'outil dont on part.

Confondre ces deux choses mène à des décisions absurdes : abandonner un outil qui va bien parce qu'on n'en entend plus parler, ou garder un outil dont on parle beaucoup alors qu'il n'a plus de mainteneur.

La visibilité d'un outil et sa santé sont deux choses différentes. La seconde se vérifie ; la première se ressent, et elle se trompe.

Source : le profil d'entreprise de Jimdo.

Les quatre façons dont un outil vous lâche

L'éditeur l'arrête. Une date est annoncée, vos données ont une date d'effacement, et il faut tout refaire. Personne ne l'entretient plus. Il fonctionne encore, mais chaque faille découverte reste ouverte. Les développeurs partent. L'outil est vivant, et vous ne trouvez plus personne pour reprendre le site. Il change de public, ou reste sur son marché pendant que les autres deviennent mondiaux. Il va très bien, simplement plus pour un projet comme le vôtre.

La bonne question n'est pas « est-ce que cet outil est bon »

Les quatre scénarios ci-dessus ont un point commun : aucun ne dépend de la qualité de l'outil. Business Catalyst fonctionnait très bien. Magento 1 aussi. Joomla aussi.

La question utile est donc ailleurs, et elle se pose avant de choisir, pas après : qu'est-ce que je garde le jour où cet outil s'arrête ?

Elle se décline en trois, et elles se répondent en dix minutes sur le site de n'importe quel éditeur. Est-ce que mes fichiers et ma base sont chez moi, ou chez lui ? Est-ce que je peux les récupérer sans lui demander la permission, aujourd'hui, sans attendre une annonce ? Et si je récupère tout, est-ce que quelqu'un peut en refaire un site, ou est-ce que je récupère des données sans le contenant ?

Un export de produits et de clients n'est pas un site. C'est un fichier.

Alors, Sillon là-dedans

Autant répondre franchement à la question qu'on vient de poser, en se l'appliquant.

Nous pouvons disparaître. Nous sommes une petite structure, et promettre l'éternité serait exactement le discours que tenaient les plateformes de cet article. Personne ne devrait croire un éditeur qui jure qu'il sera là dans vingt ans.

Ce qui se vérifie, en revanche, c'est ce qui reste. Les fichiers et la base de données sont sur votre hébergement, à votre nom, depuis le premier jour : ils n'ont jamais été ailleurs, donc il n'y a rien à récupérer d'urgence, ni de date d'effacement à surveiller. Vous pouvez en faire une copie ce soir sans nous prévenir.

Et il existe un bouton de retrait : un super-administrateur désinstalle Sillon quand il veut. Le code du kit s'en va, vos données ne bougent pas d'un octet. Il faut être honnête sur ce que ça laisse : le site cesse de s'afficher, parce que le moteur qui servait les pages est parti avec. C'est de la matière première complète (votre thème, vos images, votre base, un export de tous vos contenus), et il faut un développeur pour en refaire un site.

Ce n'est pas une promesse de survie. C'est une réponse à la seule question qui compte le jour où ça tourne mal.

Le plus utile à faire après cet article ne nous concerne pas : ouvrez le site de l'outil qui fait tourner vos projets aujourd'hui, et cherchez où vivent les fichiers et comment on les récupère. Si la réponse prend plus de dix minutes à trouver, c'est déjà une information.

Les sources

Les dates de cet article sont toutes vérifiées à la source. Un texte qui demande au lecteur d'aller vérifier ce que devient son outil serait mal placé pour se contenter d'approximations.

Ce que vous venez de lire tourne sur Sillon, cette page comprise.

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