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Le blog Décryptage

Décryptage

Votre site vous appartient-il vraiment ?

Vous avez payé le développement, acheté le nom de domaine, écrit les contenus et réglé l'abonnement pendant des années. Évidemment que le site est à vous. Sauf que « posséder un site » recouvre au moins cinq choses différentes, et le jour où vous voulez changer de prestataire ou de plateforme, la nuance cesse d'être philosophique.


Un site n'est pas un objet

Vous appelez quelqu'un et vous dites : je voudrais récupérer mon site et l'installer ailleurs. On vous répond : oui, mais pas exactement. C'est à ce moment-là qu'on découvre qu'un site web n'est pas une chose.

C'est un empilement : un domaine, des contenus, une base de données, des images, du code, un logiciel, un hébergement, parfois des extensions, parfois des services extérieurs, et plusieurs contrats posés les uns sur les autres. Vous pouvez posséder certains de ces éléments et seulement avoir le droit d'utiliser les autres. Ce n'est pas forcément un problème. À condition de le savoir.

Le domaine, le plus simple

C'est l'élément le plus proche de ce qu'on imagine quand on parle de propriété. Un domaine est enregistré auprès d'un registrar, au nom d'un titulaire, et il se transfère chez un autre prestataire.

Il ne contient pourtant rien du site. C'est l'adresse. On peut parfaitement posséder l'adresse d'une maison sans posséder la maison. Changer de plateforme sans perdre son domaine est donc presque toujours possible, et ça ne dit rien de ce qui pourra suivre.

Des cartons de déménagement empilés dans une pièce vide, éclairés par une fenêtre terre cuite

Votre contenu peut être à vous sans que le site soit transportable

C'est la confusion la plus fréquente. Les conditions de Wix sont claires : vous possédez la propriété intellectuelle de ce que vous apportez, textes, images, vidéos, polices, logos, illustrations, code, interfaces. Wix ne revendique aucune propriété sur votre contenu.

Et dans le même document, vous accordez à Wix une licence mondiale, gratuite, transférable et sous-licenciable pour accéder à ce contenu, le copier, l'afficher, l'ajuster et entraîner des outils logiciels avec. Les deux phrases sont vraies en même temps, et c'est tout le sujet : posséder n'est pas la même chose que maîtriser l'usage.

La même documentation précise que les éléments appartenant à Wix et fournis dans son éditeur ne s'utilisent que dans son environnement. Vos photos sont à vous, la machine qui les transforme en site ne l'est pas.

Un restaurant fournit ses photos, ses textes, son logo, sa carte. Tout cela lui appartient. Mais la disposition des pages, les composants, les interactions et le système qui fabrique les pages dépendent de la plateforme. En partant, on récupère les ingrédients, pas les meubles.

Exporter ses données n'est pas récupérer son site

Squarespace permet d'exporter une partie d'un site dans un fichier XML, notamment vers WordPress. Sa documentation dit précisément ce qui reste derrière, et la liste est longue : les réglages de style et le CSS personnalisé ne sortent pas, donc l'apparence du site ne s'exporte pas du tout ; les images ne sont pas incluses ; les pages de boutique, de calendrier, de portfolio et d'index non plus ; les brouillons non plus ; et si vous tenez plusieurs blogs, un seul part.

Le détail qui résume tout : on ne peut pas exporter un site Squarespace pour l'importer dans un autre site Squarespace.

Webflow montre une autre variante. Selon les offres, il exporte le HTML et le CSS. Mais le contenu du CMS, les comptes utilisateurs, la boutique et les pages traduites ne partent pas avec. Sur le site exporté, les listes s'affichent vides et les pages liées au CMS n'ont plus rien à montrer. La recherche et les formulaires cessent de fonctionner. Le contenu du CMS et de la boutique s'exporte à part, en tableaux CSV, à recoller ailleurs.

Vous récupérez la façade. Pas le moteur, ni ce qu'il servait. Ce n'est pas un défaut caché, c'est la logique même d'un service : votre site n'est pas un dossier contenant la plateforme, il utilise la plateforme.

Un export prouve que vos données sont récupérables. Il ne dit rien de ce qu'il faudra reconstruire autour pour qu'elles redeviennent un site qui fonctionne.

Shopify : la boutique est à vous, Shopify reste Shopify

Shopify le formule assez clairement dans sa documentation marchand : il fournit la technologie qui fait tourner la boutique, le marchand reste responsable de sa création, de sa propriété, de son exploitation et de sa relation avec ses clients. Pour les marchands européens, il documente l'accès et l'export des produits, des clients, des transactions, des informations de boutique, des personnalisations de thème et des rapports.

Vous possédez donc une grande partie de ce qui fait votre commerce. Mais si vous arrêtez, vous n'emportez pas Shopify. Ça paraît évident dit comme ça, et pourtant on entend souvent « votre boutique vous appartient » sans la seconde moitié de la phrase : le logiciel qui la fait fonctionner est un service que vous louez.

Un panneau de brassage réseau vu de près, un câble débranché pendant devant les autres

Alors l'open source règle tout ?

WordPress est un cas très différent. Le logiciel est sous licence GPL : vous récupérez le code, vous l'installez où vous voulez, vous le modifiez, sans payer de licence. En auto-hébergé vous contrôlez les fichiers, la base, l'hébergement, les médias et les sauvegardes. Juridiquement, on s'approche beaucoup du site qui vous appartient.

Maintenant imaginez ce WordPress avec un thème commercial, un constructeur de pages, WooCommerce, quelques extensions premium, un plugin multilingue et deux développements maison. Le logiciel est chez vous. Essayez de retirer le constructeur qui génère la moitié des pages, ou l'extension qui contient vos champs.

La dépendance n'est pas seulement contractuelle. Elle est souvent architecturale.

Le développeur aussi peut devenir une plateforme

Prenons un site entièrement sur mesure. Pas de Wix, pas de Shopify, pas de constructeur. Votre développeur écrit tout. Vous pourriez penser que là, au moins, vous êtes libre.

Peut-être. Mais qui possède le code ? Le contrat prévoit-il sa cession ? Avez-vous les sources, la documentation, les accès à l'hébergement, le dépôt, les clés des services extérieurs ? Quelqu'un d'autre peut-il raisonnablement reprendre le projet ?

Un site dont vous possédez juridiquement tout le code, mais que personne d'autre que son auteur ne sait maintenir, offre une liberté théorique : vous êtes libre, à condition de ne rien changer.

La vraie question : qu'est-ce que j'emporte, et dans quel état ?

Plutôt que « est-ce que mon site m'appartient », posez celle-ci. Elle a le mérite d'avoir des réponses vérifiables.

  • Le domaine : pouvez-vous le transférer, et à quel nom est-il enregistré ?
  • Les contenus : textes, images, produits, clients, commandes, articles. Dans quel format ?
  • La base : avez-vous accès à la vraie base, ou seulement à des exports ?
  • La façade : HTML, CSS, JavaScript, gabarits, composants.
  • Les fonctions : le panier, la réservation, l'espace membre, les formulaires marchent-ils encore ailleurs ?
  • L'historique : commandes, statistiques, journaux, factures, consentements.
  • Les intégrations : à qui appartiennent les comptes Stripe, PayPal, Analytics, Search Console, emailing ?

C'est souvent sur la dernière ligne que commencent les vraies surprises.

Un cadenas fermé sur une grille de fer rouillée, éclairé d'une lumière terre cuite

Le compte, ce détail qui décide de tout

Chez Wix, le propriétaire d'un site est le propriétaire du compte sous lequel il a été créé. Pas celui qui a payé, pas celui dont c'est l'entreprise : celui dont c'est le compte.

Shopify va plus loin et l'écrit dans ses conditions : en cas de litige sur la propriété d'un compte, il peut réclamer des pièces, une licence d'entreprise, une pièce d'identité, une preuve de statut de salarié, puis décider lui-même qui est le propriétaire légitime et lui transférer le compte. C'est protecteur quand vous avez raison. Ça veut aussi dire que l'arbitre n'est ni vous ni votre prestataire.

Maintenant imaginez. Votre agence crée le site avec sa propre adresse. Elle achète le domaine. Elle ouvre le compte de paiement. Elle crée les statistiques. Trois ans plus tard, vous vous séparez. Techniquement le site existe, commercialement vous l'avez payé, administrativement tout est dans les comptes de quelqu'un d'autre.

Voilà pourquoi une passation ne devrait jamais se résumer à « voici votre mot de passe ».

La liberté commence par une liste d'identifiants

Ce n'est pas romantique, mais un client autonome sait où sont son domaine, ses DNS, son hébergement, ses emails, ses sauvegardes, ses données, ses comptes de paiement, ses outils de mesure, ses licences et ses dépôts de code. Et surtout à quel nom chacun est enregistré.

Ce document compte plus, sur dix ans, que la maquette du site. Il est simplement moins agréable à présenter en réunion.

Tous les verrous ne sont pas mauvais

Le mot dépendance s'emploie comme une insulte. Pourtant vous utilisez Shopify précisément parce que Shopify s'occupe de l'infrastructure, de la sécurité, des mises à jour, du paiement et de la disponibilité. C'est ce que vous payez. Le contrat est clair : plus de dépendance contre moins de problèmes.

Le problème n'est pas la dépendance. C'est de l'ignorer. Ou pire, de s'entendre dire « vous êtes totalement libre » alors que la boutique cesse de fonctionner trente secondes après la fermeture du compte.

Le prix suit la même logique. Cinquante euros par mois tout compris contre un logiciel gratuit et deux jours de maintenance par an à sept cents euros : la solution gratuite peut coûter plus cher, la solution payante peut enfermer davantage. Aucun des deux chiffres ne répond seul.

Six niveaux de propriété, du plus faible au plus fort

Niveau Ce que vous pouvez faire
1 Vos contenus sont à vous : textes, images, produits.
2 Vous pouvez exporter vos données : clients, commandes, articles.
3 Vous pouvez récupérer la façade : HTML, CSS, JavaScript, images.
4 Vous pouvez récupérer le moteur : le code applicatif, la base, la logique.
5 Vous pouvez le faire tourner ailleurs, pas seulement le télécharger.
6 Quelqu'un d'autre peut le maintenir. C'est le niveau qu'on oublie toujours.
Un bureau vide au crépuscule, une chaise abandonnée et un câble débranché au sol

Le test : votre prestataire disparaît demain

Pas qu'il vous bloque. Pas qu'il devienne désagréable. Il disparaît. Plus de société, plus de téléphone, plus de support. Que se passe-t-il ?

Vous perdez tout : problème sérieux. Vous gardez vos contenus mais devez tout reconstruire : dépendance forte, données sauves. Vous gardez le site mais certaines fonctions s'arrêtent : dépendance partielle. Vous changez simplement d'hébergeur ou de prestataire : portabilité réelle.

Ce scénario imaginaire en dit plus long que cinquante pages de marketing.

Ce n'est pas une question de confiance envers votre prestataire. C'est la seule façon de mesurer ce que vous tenez vraiment, indépendamment de la qualité de votre relation avec lui.

Un trousseau de vieilles clés en laiton accroché à un clou sur un mur sombre

Et Sillon, alors ?

Le sujet nous concerne directement, autant répondre franchement.

Sillon n'est pas open source. C'est un logiciel commercial, vendu par abonnement annuel, et il serait malhonnête de le présenter comme un WordPress que vous pourriez reprendre et redistribuer. Disons aussi la conséquence, parce que c'est exactement le genre de chose qu'on découvre trop tard ailleurs : si l'abonnement s'arrête, le site s'éteint. Vos données restent, votre serveur reste, votre façade reste, mais le moteur cesse de servir les pages.

En échange, la dépendance est rangée à un seul endroit au lieu d'être éparpillée.

  • La façade est à vous. Le thème est du HTML, du CSS et du PHP posés sur votre serveur, écrits pour vous. Le moteur ne le fabrique pas et ne le remplace jamais, pas même pendant une mise à jour.
  • Les données sont chez vous. Sur votre hébergement, dans votre base, à votre nom. Nous n'en détenons aucune copie.
  • La porte de sortie est dans le produit. Une commande exporte tout le contenu en JSON, toutes les tables, y compris celles d'un module écrit par quelqu'un d'autre. Une autre retire les fichiers de Sillon en laissant la base, la configuration et vos fichiers intacts, et écrit un document qui explique ce qui ne marche plus, où sont les données et comment revenir en arrière.

Si Sillon s'arrête un jour

C'est la question qu'on doit poser à tout éditeur de logiciel sous licence, et voici notre réponse. Si la société cesse son activité, les clés deviennent des clés à vie : aucun site ne s'éteint parce que nous avons disparu. Et le code est envoyé à tous les clients en open source, pour que chacun puisse le reprendre, le faire maintenir par qui il veut, ou simplement continuer.

Documenter la porte de sortie avant l'entrée, c'est le minimum qu'on doive à quelqu'un à qui on demande de construire son activité sur son outil.

Pouvoir partir ne veut pas dire que partir est gratuit

Un système peut être ouvert à la sortie sans la rendre instantanée. Une boutique avec quatre mille produits, ses clients, ses commandes et une façade sur mesure ne se transvase pas d'un clic dans un autre moteur. Les structures diffèrent, les champs aussi, les systèmes de commande encore plus. Il y aura du travail.

La liberté ne consiste pas à promettre « vous partez en cinq minutes ». Elle consiste à éviter « vous ne pouvez pas partir sans tout abandonner ». Entre ces deux phrases, il y a toute la différence.

Les dix questions à poser avant de signer

Pas besoin d'être développeur. Demandez simplement.

  1. À qui appartient le nom de domaine, et sous quel compte ?
  2. Où est hébergé le site, et qui détient le contrat ?
  3. Puis-je récupérer mes contenus, et dans quel format ?
  4. Puis-je récupérer les données métier : clients, commandes, produits ?
  5. Puis-je récupérer le code ou la façade, et dans quel état ?
  6. Qu'est-ce qui cesse de fonctionner si j'arrête de payer ?
  7. Qui possède les comptes extérieurs : paiement, statistiques, emails ?
  8. Puis-je changer de prestataire sans votre accord ?
  9. Combien coûterait à peu près une migration ?
  10. Que se passe-t-il si votre société disparaît ?

Sur la sixième et la dixième, la façon de répondre vous apprendra souvent plus que la réponse.

Ce qu'il faut retenir

Un site n'est pas un objet unique, c'est un empilement de droits, de fichiers, de données, de logiciels et de services. Avant de choisir, séparez ce qui vous appartient, ce que vous pouvez exporter, ce que vous pouvez continuer d'utiliser ailleurs, et ce que vous devrez reconstruire.

Open source, service en ligne ou licence commerciale ne répondent pas à votre place. Chacun déplace les dépendances ailleurs. La bonne question n'est pas comment n'en avoir aucune, ce serait impossible, mais lesquelles vous acceptez et contre quoi.

Le meilleur signe qu'un fournisseur respecte votre liberté n'est pas qu'il répète que vos données vous appartiennent. C'est qu'il sache vous expliquer calmement ce qui se passe le jour où vous décidez de partir.

Les sources

Pages consultées et vérifiées le 7 septembre 2026.

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